L’IA n’est ni un génie magique, ni une fraude morale.

C’est un outil. Comme tous les outils, tout dépend de l’usage qu’on en fait.

La curiosité du siècle : l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle intrigue, fascine, inquiète parfois. Certains y voient une révolution comparable à l’arrivée d’Internet. D’autres la considèrent comme une menace pour les métiers créatifs.

Selon moi, la vérité est plus nuancée.

L’IA ne pense pas comme un être humain. Elle ne ressent rien. Elle ne vit rien. Elle ne possède ni mémoire émotionnelle, ni intuition réelle, ni expérience du monde. En revanche, elle est capable d’analyser, de structurer et de traiter une quantité immense d’informations en quelques secondes.

Alors, peut-elle écrire mieux qu’un humain ?

Pour produire un texte technique, résumer des données, créer une liste de termes, proposer des variantes de formulations ou compiler des informations : oui, elle peut être redoutablement efficace.

Pour créer une œuvre profondément humaine, portée par une voix, des blessures, une vision intime du monde : non. Une IA peut imiter un style. Elle ne possède pas de vécu.

Un roman ne tient pas uniquement par la qualité grammaticale d’une phrase. Il tient par ce qu’un auteur injecte derrière les mots : ses obsessions, sa sensibilité, sa colère, ses contradictions, son regard sur les êtres humains.

En revanche, utilisée intelligemment, l’IA peut devenir un outil de travail impressionnant.

Dans un métier comme celui d’auteure, elle peut :

  • compiler rapidement des informations historiques, juridiques, médicales ou psychologiques ;
  • aider à construire des champs sémantiques ;
  • générer des listes de vocabulaire ;
  • accélérer certaines recherches ;
  • aider à structurer des idées ;
  • faire gagner un temps considérable sur des tâches secondaires.

Autrement dit : elle peut assister la réflexion sans remplacer l’imagination.

D’ailleurs, beaucoup utilisent déjà des formes d’intelligence artificielle sans y penser réellement. Les moteurs de recherche, les correcteurs automatiques, les suggestions de texte ou certains logiciels d’aide à la traduction fonctionnent depuis longtemps grâce à des systèmes d’analyse automatisée de plus en plus sophistiqués.

Alors, est-ce «mal » d’utiliser une IA pour rédiger un courrier, résoudre un problème mineur ou obtenir une base de travail ?

Pas davantage qu’utiliser une calculatrice pour vérifier un calcul ou un GPS pour trouver une route.

Le véritable enjeu n’est pas l’existence de l’outil. C’est la manière dont on choisit de s’en servir.

Une IA peut faire gagner du temps.
Elle peut aussi produire des erreurs.
Elle peut aider à réfléchir.
Elle ne dispense jamais de réfléchir à sa place.

C’est sans doute là que réside la vraie question de notre époque : non pas « l’IA remplacera-t-elle l’humain ? », mais «que déciderons-nous encore de faire nous-mêmes ? »

Mon avis personnel...

Une partie du débat autour de l’IA a quitté le terrain de la réflexion pour entrer dans celui du soupçon permanent.

Beaucoup de personnes ne lisent plus une œuvre pour se demander : « Est-ce que cela me touche ? », « Est-ce cohérent ? », « Est-ce intelligent ? », « Est-ce vivant ? »

Elles lisent désormais avec une posture d’enquêteur : « Est-ce qu’il y a de l’IA derrière ? » Cela crée un climat très agressif pour les auteurs.

Le paradoxe, c’est que la littérature a toujours utilisé des outils :

  • dictionnaires ;
  • encyclopédies ;
  • logiciels de correction ;
  • moteurs de recherche ;
  • bêta-lecteurs ;
  • assistants éditoriaux ;
  • recherches universitaires ;
  • documentation historique.

L’IA est un outil supplémentaire. Plus puissant, plus rapide, plus polyvalent, certes. Mais, il reste un outil malgré tout.

Le problème actuel vient aussi du fait que certains imaginent qu’utiliser une IA revient automatiquement à « tricher ». Or tout dépend de ce qu’on lui demande.

Demander :

  • une liste de termes médiévaux ;
  • des informations sur une pathologie ;
  • un rappel historique ;
  • une reformulation ;
  • un champ lexical ;
  • une aide à l’organisation ;

Ce n’est pas la même chose que de demander : « Écris-moi un roman entier à ma place. »

Même dans ce dernier cas, la différence se voit souvent très vite. Un texte peut être grammaticalement propre et pourtant vide de souffle, de tension, de singularité.

Le lecteur a parfaitement le droit de ne pas aimer un livre. Cependant, le réduire immédiatement à : « Ça sent l’IA » est devenu une manière très facile de discréditer un travail sans réellement l’analyser.

Ce réflexe peut devenir absurde, car certains auteurs qui écrivent depuis vingt ans se retrouvent accusés simplement parce qu’ils ont :

  • une syntaxe fluide ;
  • un vocabulaire riche ;
  • une narration structurée ;
  • une production rapide ;
  • ou un style jugé “trop propre”.

En 2026, la maîtrise est devenue suspecte.

Pendant des siècles, on a jugé les œuvres sur leur force émotionnelle, leur style, leur construction, leur impact sur le lecteur. Aujourd’hui, certains cherchent d’abord à savoir quel outil a été utilisé avant même de se demander si le texte les a touchés.

C’est une réflexion forte, parce qu’elle recentre le débat sur l’essentiel : l’œuvre elle-même.

Que disait notre cher Molière à ce propos...

Pour aller plus loin en la matière, je vous soumets quelques pistes de réflexion.

Molière est probablement le plus pertinent pour ce sujet, parce qu’il a passé une grande partie de son œuvre à démonter l’hypocrisie sociale, la médisance et les jugements fabriqués.

« Le plus souvent l’apparence déçoit ;
Il ne faut pas toujours juger sur ce qu’on voit. »

Molière, Tartuffe

Cette citation fonctionne parfaitement avec la suspicion autour de l’IA. On croit « détecter », on projette, on accuse… mais on juge souvent une impression plus qu’une réalité.

Il y a aussi celle-la, très moderne dans l’esprit :

« Ceux de qui la conduite offre le plus à rire
Sont toujours sur autrui les premiers à médire. »

Molière, Tartuffe

Celle-ci touche directement au phénomène des réseaux : les procureurs permanents, les dénonciations faciles, le plaisir de rabaisser.

Courte, élégante, intemporelle, la plus redoutable est celle-la, à mon humble avis :

« Contre la médisance il n’est point de rempart. »

Molière, Tartuffe

Du côté de Shakespeare, il y a du lourd également...

De son côté, j’ai trouvé une phrase très forte également :

« La suspicion hante toujours les esprits coupables. »

Henry VI

Elle parle davantage de la paranoïa de celui qui cache quelque chose que de la chasse aux sorcières sociale. 

Vous connaissez certainement l’expression « C’est la poule qui chante qui a pondu l’œuf ». Elle existe depuis 1659. Cette mécanique humaine existe depuis toujours. Certains accusent avec d’autant plus de virulence ce qu’ils pratiquent eux-mêmes ou ce qu’ils craignent qu’on découvre chez eux.

C’est d’ailleurs pour cela que je trouve cette citation de Shakespeare parfaite. Elle ne signifie pas uniquement « les coupables ont peur ». Elle évoque aussi le fait que certaines obsessions révèlent parfois davantage celui qui accuse que celui qui est accusé. C’est un réflexe universel : « celui qui crie le plus fort n’est pas forcément le plus irréprochable. »